Portrait d'expertes (2) : Jacqueline Collard, chimiste, Présidente de Santé Environnement Rhône Alpes
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Portrait d'expertes (2) : Jacqueline Collard, chimiste, Présidente de Santé Environnement Rhône Alpes
Portrait d'expertes (2): Jacqueline Collard, chimiste, Présidente de Santé Environnement Rhône Alpes

Jacqueline Collard, vous êtes ce qu’on peut appeler une militante de la première heure du secteur associatif, qu’est-ce qui a poussé l’enseignante chimiste à s’investir dans le secteur associatif de la santé environnementale ?
Ayant au début de ma vie professionnelle côtoyé le monde de la recherche industrielle, j’ai rapidement constaté qu’il avait les yeux beaucoup plus rivés sur ses intérêts économiques que sur les conditions environnementales des populations riveraines. C’est ainsi que j’ai rapidement compris que la méconnaissance favorisait grandement la désinformation.

Vous avez travaillé au sein de l’UFC Que Choisir notamment dans le Sud de la France, vous connaissez donc bien le monde de la consommation. Que vous inspirent de récents évènements comme le « horsegate » [le « cheval gate » aurait eu moins fière allure !>
Malheureusement je n’ai guère été surprise qu’un tel trafic puisse exister. La disparition organisée depuis longtemps des services de contrôle en est la première raison. La deuxième est simplement que les denrées alimentaires de toute nature font l’objet de transactions financières sur les places boursières internationales au détriment des fonctions essentielles qu’elles ont de nourrir les hommes : ce qui occasionne d’ailleurs des famines inacceptables sur la planète, surtout au XXIème siècle.

Vous avez une très bonne connaissance des politiques locales de santé environnement, en particulier en Rhône-Alpes. Diriez-vous qu’on note un tournant au sein des différents acteurs du domaine pour mettre en place des politiques axées sur la prévention des expositions (chimiques, physiques, biologiques) ou que les actes ont encore du mal à suivre les discours ?
Cette dernière décennie a démontré que l’écologie n’était pas seulement un mouvement politique mais surtout un champ d’action de plus en plus indispensable pour la survie des hommes sur notre planète : de nombreux citoyens l’ont compris, de nouveaux élus la mettent en place. On ne peut pas dire cependant que ce soit simple tant les milieux économiques et financiers veillent au grain, trop anxieux d’appréhender un changement qui pourrait pourtant selon moi les satisfaire. La crainte de l’inconnu est un frein indéniable et la finalité rapide économique des choix technologiques en est un deuxième. Pour l’instant les gouvernements ont eux aussi des visions à trop court terme pour engager des changements, même s’ils s’avèrent indispensables d’autant que nous sommes devant deux enjeux majeurs du XXIème siècle : le dérèglement climatique et la rareté des richesses en matières premières.

Que pensez-vous de la « chimie verte » ? Y croyez-vous ou doit-on s’attendre à voir seulement le monde la chimie se transformer en petits hommes (et femmes) vert-es ?
Le greenwashing est très à la mode, et qui désormais n’est pas repeint en vert pour rassurer les citoyens ?? Mais ne nous laissons pas berner et regardons de près ce qui est repeint en vert de façon très caricaturale.
La chimie pourrait revoir ses process des produits d’utilisation courante mais pour cela il faudrait commencer par conscientiser les citoyens de la nécessité de ces changements et également qu’une véritable prise de position politique l’exige et la mette en œuvre : les notions croisées de santé et d’environnement sont des moyens d’information pour y parvenir.

Nous sommes le 8 mars. Quelle est selon vous la place des femmes dans la chimie ? Et dans le monde associatif ? Être une femme, chimiste et représentante associative, est-ce parfois difficile dans des milieux historiquement empreints de machisme tels que le monde politique par exemple [la Secrétaire d’Etat Yamina Benguigui encore récemment sur Public Sénat>.
Les femmes ont de par leur nature une conscience souvent plus grande à l’égard de la santé, mais c’est bien l’action collective de tous sans distinction de parité qui peut faire évoluer les mentalités. La place des femmes est indispensable car leur ouverture au monde est je pense néanmoins plus attentive aux autres et dans notre monde individualiste on ne peut que la revendiquer : c’est une nécessité de justice sociale.

L’engagement associatif demande une énergie considérable – dans votre cas on peut même parler d’un tour de France permanent à la poursuite des thèmes de santé environnement ; mais où la trouvez-vous ?
Ce qui caractérise le monde associatif c’est quel que soit le sexe la volonté d’agir, la volonté de partager des expériences dans un objectif commun mais aussi la persévérance, la ténacité pour faire avancer la cause que l’on pense juste. La création de SERA (Santé Environnement Rhône-Alpes) me paraissait d’autant plus pertinente que nous sommes confrontés à une augmentation considérable de maladies chroniques, de cancers , de maladies invalidantes - et ce dès le plus jeune âge - qui ne peuvent laisser indifférent une personne qui le sait, les côtoie, les écoute et les voit : mon engagement était de ce fait « naturel ».

2013 est l’année européenne de l’air. Vous travaillez sur les thèmes de la pollution de l’air intérieur et extérieur : quelles priorités voyez-vous en termes de mesures à prendre rapidement ?
De nombreuses études font la démonstration de cette qualité de l’air préjudiciable pour la santé que ce soit par les polluants de l’air extérieur comme ceux qui sévissent à l’intérieur, et souvent même dans l’intimité de son habitat. Sachant quelles en sont les causes désormais, il faut agir et prendre des mesures politiques pour les évincer : tout d’abord inciter à une diminution organisée des chauffages à foyers ouverts, du diesel comme carburant , limiter les trafics routiers, aériens et maritimes qui transportent des produits communs qui peuvent être produits sur place, limiter les déchets par une consommation plus réfléchie des produits usuels ou de la nourriture. En résumé, revenir aux valeurs fondamentales d’une vie plus saine, moins sophistiquée

Enfin, vous êtes membre du comité d’expert-e-s de WECF. Pourquoi avoir voulu un partenariat entre Santé Environnement Rhône-Alpes et WECF France ?
Lorsque j’ai eu connaissance d’une association installée en Rhône-Alpes qui avait des objectifs très voisins des nôtres j’ai souhaité la connaître, puis travailler sur des objectifs communs afin de conforter nos compétences.
J’ai par la suite pu apprécier la couverture européenne de cette ONG et donc réfléchir à un partenariat plus axé sur un lobbying associatif et vers une mission de plaidoyer indispensable dans une Europe décisionnaire en matière tout particulièrement d’environnement. Dans un monde mondialisé je crois vraiment à ces échanges à la fois formateurs et complémentaires qui peuvent permettre d’aller plus loin dans nos actions propres et contribuer à interpeller les politiques publiques de façon plus efficace.
Propos recueillis par Elisabeth Ruffinengo.

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