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Les effets du Bisphénol A sur le développement neurologique

Au milieu de l’imposant corpus d’études sur la toxicité du Bisphénol A (BPA) qui s’allonge depuis 1993, date à laquelle la migration du BPA est démontrée, une « préoccupation » s’est imposée aux autorités : celle des effets sur le développement neurologique, l’une des faces cachées des effets du BPA, substance de synthèse reconnue perturbateur endocrinien par l’Union européenne.

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) vient à nouveau de rendre un avis sur le Bisphénol A (avis du 29 janvier 2010), suite à une auto-saisine du 20 octobre 2009.
Sans grande surprise, l’agence réclame des études supplémentaires concernant ce que l’avis désigne par « signaux d’alerte ».

Mais il est pour le moins regrettable que ces « signaux d’alerte » ne soient pas clairement explicités ou soient mal décryptés par le grand public aussi bien que par des associatifs militants.
Regrettable que le véritable sujet d’inquiétude, à l’origine, d’une part de la décision de Santé Canada de 2008 et d’autre part, des demandes d’expertises supplémentaires de la Food and Drug administration (FDA) à la suite des conclusions du rapport du National Toxicology Program (NTP) des USA, regrettable que ce sujet n’ait pu être clairement posé, ni porté haut et fort dans le débat français autour du Bisphénol A.

Mais de quoi est-il question, sur le fond et au delà, lorsqu’on parle des doses journalières admissibles (DJA) et des effets identifiés comme relevant du spectre connu des perturbateurs endocriniens ?

Rien moins que du développement neurologique. Le cerveau et le système nerveux en développement au stade fœtal et périnatal, sont affectés par les effets du Bisphénol A.

La nouvelle n’est hélas pas récente puisque dès le début des études sur le BPA, « des modifications du comportement incluant l’hyperactivité chez les rats exposés in utero sont notées pour des doses inférieures à la DJA » (Endocrine/Estrogen letter n° 9 ; 2003) , ainsi qu’une masculinisation des comportements femelles, et chez les mâles un niveau réduit des comportements impulsifs.

Pour les auteurs « ces découvertes apportent des preuves d’une altération à long terme des fonctions monoaminergiques du cerveau après une exposition périnatale au BPA. Ceci est l’indication d’un risque pour la santé publique confirmant qu’une faible exposition à un oestrogène dans l’environnement durant la période de différenciation sexuelle du cerveau peut influencer le comportement adulte. Le BPA peut avoir d’importantes conséquences tant au niveau individuel qu’à l’échelle d’une population ».

Évidemment, les effets plus reconnus des perturbateurs endocriniens sont déjà pointés : baisse de la production de spermatozoïdes et de la fertilité chez les mâles après exposition au cours de la période développement, développement précoce et hypertrophies mammaires chez les souris femelles, grossissements exagérés des mâles et des femelles chez les rats comme chez les souris.
Sur ce dernier sujet, l’Association américaine pour l’avancement des Sciences a déclaré en mars 2007, que le lien suspecté entre l’obésité et l’exposition aux perturbateurs endocriniens « dont le BPA, était plausible et possible ».

Et bien sûr, l’implication du BPA dans l’induction et l’apparition du cancer du sein chez les femelles, et de la prostate chez les mâles, est amplement documenté depuis la fin des années 1990. A ce propos, Ana Soto et son équipe de l’Université de médecine de Boston a fait parvenir au NTP ses remarques sur le peu d’attention portée sur ce point par le rapport d’évaluation. Selon cette chercheuse, les lésions pré-cancéreuses et les tumeurs mammaires observées chez les rongeurs exposés in utero ont absolument la même valeur prédictive que les résultats d’études conduites entre 1979 et 1987 sur un autre oestrogène de synthèse : le diethylstilbestrol (ou distilbène). Les résultats obtenus à cette époque mettaient en évidence l’augmentation des tumeurs mammaires chez les rongeurs exposés. Or les enquêtes épidémiologiques confirment au delà de tout, l’explosion de cancers du sein parmi les filles de ces mères auxquelles avaient été prescrit le distilbène, interdit depuis.

Les "préoccupations" des experts du NTP

Le National Toxicology Program s’est lancé dans une longue évaluation du BPA dont les conclusions sont rendues en 2008. Il convient qu’interpréter "les effets toxicologiques du BPA uniquement dans le contexte du mécanisme d’action œstrogénique est simpliste au regard du nombre croissant d’études portant sur d’autres mécanismes ».

A savoir, le BPA ne perturbe pas un uniquement les hormones sexuelles mais il a un impact sur le développement du système nerveux et sur le comportement à de faibles niveaux d’exposition (soit des niveaux rencontrés en réalité chez les fœtus et les jeunes enfants). Cet effet figure en tête du classement des degrés de "préoccupations" du NTP.
Mais les experts demandent alors davantage d’études pour se prononcer définitivement.
Dans la foulée de cette nouvelle évaluation scientifique américaine, et comme il se doit, la FDA de son côté fait procéder à une mise au point informelle. L’agence sanitaire juge que les études chez les animaux montrant que « le BPA à faibles doses peut provoquer au cours de la croissance des changements dans la structure du cerveau, de la prostate des glandes mammaires et induire une toxicité sur le développement neurologique et comportemental sont insuffisantes pour remettre en cause la dose journalière admissible » (posée comme dans l’Union européenne à 50µg par kilo de poids corporel et par jour (50µg/p.c./j). Et demande à son tour de nouvelles études, assorties de biomonitoring ainsi qu’une mise à jour des données de migration du BPA des emballages vers les aliments en particulier pour les laits infantiles et les biberons.

Quand le Canada pointe la sous-évaluation des sources d’expositions au BPA

Dans le même temps, Santé Canada menait sa propre évaluation. Le rapport est rendu lui aussi en avril 2008, avant que le délai légal de six mois ne passe avant la décision du gouvernement de classer, ou non, le BPA « substance toxique » en octobre 2008 - selon la loi canadienne sur la protection de l’environnement.
Ce qui fut fait. En bonne et due forme. Et la première mesure est l’interdiction de la mise sur le marché de ce pays de récipients contenant du BPA (biberons, tasses anti-fuite) destinés aux moins de trois ans.

Les autorités françaises ont souvent brandi la parole du ministre canadien de la Santé faisant valoir une décision relevant du principe de précaution tandis qu’il est plus sérieux de se référer aux éléments du rapport d’évaluation de Santé Canada et de ses conclusions, noir sur blanc et dans le texte, qui ont conduit à cette décision.

Or, le rapport prend pleinement en compte « la possibilité d’altérations du développement neurologique et du comportement au cours de la période de croissance de l’organisme et ce, à des doses très inférieures à la dose considérée comme sans effet. Le BPA pourrait être associé à des changements neurologiques et à des altérations comportementales affectant notamment le dimorphisme sexuel  ».

Le rapport d’évaluation explique que les changements structuraux et biochimiques du cerveau à la suite d’exposition au BPA bouleversent l’identité sexuelle, masculine et féminine inscrite dans la physiologie même des zones cérébrales : des effets de masculinisation des femelles avec un instinct maternelle en chute libre, et une féminisation des comportements chez les mâles avec à la clé une diminution des réflexes de survie (marqueur associé à un état dépressif). Des problèmes neuro-développementaux y sont associés

Le Bisphénol A présent dans les eaux, les sols, les poissons, les fruits

Mais pas seulement. Les évaluations qui conduisent à l’estimation des expositions de la population ne sont pas/plus valables. Santé Canada souligne le manque d’information sur les utilisations et les concentrations de BPA dans les cartons et autres emballages à usage alimentaire, la fréquence de l’emploi d’autres matériaux pour l’alimentation (plats pour micro-onde) chez les populations et les lacunes flagrantes dans les connaissances d’autres sources d’exposition dont l’air et l’eau.

Et les scénarios d’exposition au BPA qui permettent de dire que les populations n’atteignent pas les 50µg /kg/p.c./jour (50µg = 0,05milligrammes) pour les États Unis et l’Europe et 25µg pour le Canada ne prennent en compte que quelques sources.

Or, Santé Canada met à jour une imprégnation de tous les écosystèmes étudiés. Le BPA est détecté dans les eaux de surface, les sédiments, les eaux souterraines, les eaux usées des régions du Canada et des États-Unis. Il est retrouvé aussi à des concentrations importantes dans les poissons.

Dans l’enquête nationale sur les poussières intérieures des maisons canadiennes 99% en contiennent, avec une médiane à 1,60µg par gramme de poussières et des maximales à 23,84µg/ g ... les fruits et légumes frais, élevés sous serre (PVC avec BPA) en contiennent à des niveaux importants, tout comme certains plats à emporter après contact avec leur emballage...autant de voies d’exposition qui ne sont pas prises en compte dans l’évaluation des expositions quotidiennes des populations au BPA. Ce qui conduit Santé Canada à conclure : "Les rejets de BPA dans l’environnement sont suffisamment importants et continuels pour être constamment mesurables et/ou que la substance ne se dégrade pas aussi rapidement que les tests de laboratoire semblent l’indiquer. Si on la retrouve là où il n’y a pas de rejet direct, cela signifie qu’elle persiste assez longtemps pour se déplacer du point d’émission puis se diffuser dans l’environnement".

Mais surtout, ces incertitudes et lacunes sur les connaissances des sources d’expositions "ne permettent pas d’assurer que les valeurs actuelles soient suffisantes pour protéger les populations les plus à risques, femmes enceintes, foetus, nourrissons et jeunes enfants"

Tels sont les termes qui ont emmené la décision d’interdire la vente, l’importation et la mise sur le marché au Canada de biberons et autres récipients contenant du BPA à destination des enfants de moins de trois ans.

Anne-Corinne Zimmer

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