Nesting, Protégez votre enfant en créant un intérieur sain Un programme WECF Nesting
L'invasion des nanotechnologies

Les nanos sont parmi nous, incognito, ils s’imposent dans notre quotidien, à l’insu de tous : en l’absence de tout étiquetage informant de leur présence, ils ont déjà gagné de multiples secteurs de notre vie. Cosmétiques, produits d’hygiène, emballages, textiles, alimentation, télécommunications. Une nouvelle révolution est en marche qui transforme radicalement les produits de consommation en leur conférant des propriétés « intelligentes ».
Sauf que la toxicité des nanoparticules est de mieux en mieux connue.
Mais l’invasion des nanotechnologies ne s’arrête pas là ; leurs applications s’étendent, sous le nom de « convergence », à la conception de la société de demain
.

Les nanotechnologies sont une branche de la technologie qui travaille sur les dimensions de la matière inférieures à 100 nanomètres (de 1 à 100nm). Et au dessous de 50 nanomètres, les lois de la physique classique ne s’appliquent plus. On passe à la physique quantique, on bascule dans un univers radicalement nouveau : celui de l’atome. A cette échelle, les matériaux, les éléments ( graphite, argent) acquièrent des propriétés nouvelles : ce qui était rouge devient vert, un métal devient translucide, un matériau non conducteur laisse passer l’électricité. Deux méthodes sont employées pour obtenir les nanomatériaux : en réduisant la matière à l’état nanoparticulaire (de l’argent on fait du nano-argent) ou en utilisant la « technique ascendante » : les atomes sont assemblés, sous contrôle informatique, lui conférant formes et tailles souhaitées, jusqu’à obtenir la configuration recherchée pour ses propriétés. Ces remaniements au niveau atomique et moléculaire ouvrent aussi la voie à des assemblages (à l’image de briques) mêlant matière inerte et vivant (Voir Complément).

Un nouvel univers d’applications, et de profits, s’est ouvert. Le marché mondial des nanotechnologies est aujourd’hui estimé à environ 140 milliards de dollars et devrait atteindre en 2014 plus de 2600 milliards de dollars soit 15% de la production manufacturière mondiale. (Voir Complément)

L’invasion silencieuse

Plus de 1000 produits, intégrant des nanoparticules ou des nanos matériaux sont recensés et on estime à 200 par mois ceux, qui, le plus discrètement du monde, sont mis sur le marché. Car en l’absence de toute réglementation, sans obligation de la part de qui que ce soit (industriels, fabricants, revendeurs) d’en déclarer la présence dans les produits, impossible de les identifier, et pour le consommateur, d’être informé.

Les nanos sont pourtant massivement présents, depuis près de 15 ans : articles de sports (raquettes de tennis par exemple plus légères et plus résistantes grâce au nanocarbone), cosmétiques, produits nettoyants, surfaces de peintures et de métaux si glissantes qu’elles se nettoient sous la seule action de la pluie, diodes électroluminescentes pour écrans d’ordinateurs, caméras digitales et téléphones cellulaires, stockage de données sub-miniatures, pneus longue durée, plastiques nano renforcés, armures militaires allégées, lunettes de soleil anti-rayure et anti-reflet. Des nanopoudres de caroténoïdes encapsulent des vitamines dans des boissons et des aliments ; des nanofibres de carbone sont intégrées aux textiles pour les rendre plus résistants, des systèmes de libération de médicament permettent de mieux cibler les cellules cancéreuses, les crèmes de protection solaire intègrent des nanoparticules de dioxide de titane et d’oxide de zinc -faisant écran aux UV de façon insoupçonnables.

Ni information, ni évaluation

Or non seulement, les nanos sont indétectables, non étiquetés, mais de plus, leur mise sur le marché n’a été précédée d’aucune évaluation préalable des risques sanitaires et environnementaux qui leur sont associés. Cette donnée (absence d’évaluation et d’information) est fondamentale pour comprendre ce qui se joue avec les nanotechnologies, car tout se passe, ici et maintenant, comme si aucune leçon, aucun enseignement n’avaient été tirés des désastres sanitaires et environnementaux provoqués par de nombreuses substances chimiques disséminées au cours du siècle précédent.

A l’heure où le règlement REACH oblige enfin à une évaluation des risques et lève le voile - lentement mais sûrement - sur les effets neurotoxiques, hormonaux, cancérigènes ou mutagènes de nombreuses substances, les discussions internationales n’en finissent pas de s’interroger sur les outils, les normes, les protocoles à mettre en œuvre pour évaluer les risques liés aux nanos.
L’Union européenne n’a toujours pas tranché sur le statut de ces nouvelles « substances » : entrent-elles ou non dans le règlement REACH ou doivent-elles faire l’objet d’un règlement sur mesure ?

Et pendant ce temps, le corpus des études scientifique pointant la toxicité des nanoparticules de cesse de s’allonger.

Propriétés : Insolubles, biopersistantes, accumulables et hautement réactives

Elles présentent en effet des caractéristiques inédites : une puissante réactivité chimique, une pénétration exceptionnelle, leur taille autorisant le franchissement de toutes les barrières.

Lorsqu’en 2007 Friends of the Earth Lien doc publie son enquête sur les nanoparticules de dioxide de titane et d’oxyde de zinc dans les crèmes de protection solaire (1) plusieurs études mettent déjà en évidence les dommages sur l’ADN, un stress oxydatif (mort des cellules), ainsi que des effets inflammatoires causés par ces nanoparticules. Leur pénétration cutanée est discutée mais en cas de lésion de la peau, le fait est certain.

Dans une enquête auprès des industriels de la cosmétique en 2008, l’Afssaps rapporte que « toutes les catégories de produits cosmétiques (gels, crèmes, lotion, savons) peuvent contenir des nanoparticules insolubles et biopersistantes telles que le dioxyde de titane et de fer, d’argent et d’or. »

Les nanoparticules se caractérisent aussi par leur extrême mobilité. Quelle que soit la voie d’exposition, l’inhalation, l’ingestion ou la la peau, « elles peuvent être internalisées par les cellules, migrer vers le cytoplasme et le noyau et passer les barrières que l’on croyait les plus étanches du corps humain. Y compris la barrière placentaire » expliquait Patrick Brochard, toxicologue (Laboratoire santé travail environnement - Bordeaux II) (2). « Les nanoparticules très fines et très allongées sous forme de fibres (comme les nanotubes de carbone) ne sont pas gérées par les cellules, et malgré tous les mécanismes de défense de l’organisme, la particule va persister intacte, dans les tissus, à l’endroit où elle s’est déposée, ou, elle va migrer…cet ensemble d’effets peut entraîner au niveau cellulaire des réactions sur des modèles in vitro : perte de fonction, hyperactivité cellulaire. Au-delà, cette réaction elle-même peut entraîner une réaction inflammatoire au niveau des tissus, susceptible de déboucher sur des pathologies non spécifiques comme la fibrose et le cancer », ajoutait Patrick Brochard.

Les nanoparticules les plus fines (entre 1 nanomètre et 5 nanomètres), une fois inhalées rejoignent les poumons profonds et peuvent passer la barrière de l’épithélium, gagner la circulation sanguine et les glandes lymphatique puis se répartir dans l’organisme. Les principaux organes de stockage sont les reins, le foie, le cerveau, les testicules, les poumons.
Puisqu’elles s’accumulent dans les organismes vivants. Et le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé d’ajouter dans son avis de février 2007 : « La redoutable propriété ambivalente des nanosystèmes moléculaires conçus par l’homme, de pouvoir traverser les barrières biologiques, notamment entre sang et cerveau, est d’être actuellement peu ou pas biodégradables, ce qui risque d’avoir en dehors d’indications thérapeutiques précises, des conséquences majeures pour la santé ».

Sauf que la recherche peine à faire face à la multiplicité des nanosparticules créées de toutes pièces par les laboratoires chargés du développement de ces technologies à des fins commerciales. Car les effets toxiques sur l’organisme varient selon le nanomatériau (les impacts du nano-argent ne sont pas les mêmes que celui de nano-carbone), selon sa taille et sa forme. Autrement dit une évaluation pour chaque nano devrait être entreprise.

La plus grande société de Reassurance, Swiss-Re notait en 2004 que « l’être humain au cours de son entière évolution n’a jamais été aussi exposé à une aussi large variété de substances pouvant pénétrer le corps humain apparemment sans obstacle. Le cerveau est l’un des organes les mieux protégés, cependant des nanoparticules y pénètrent et leurs effets ne sont pas connus. Vont-elles s’accumuler et quels sont les effets ? Elles peuvent perturber le système endocrinien, causant des réactions allergiques, interférant avec les signaux échangés entre cellules voisines. Les nanoparticules destinées à être jetées se retrouveront finalement dans l’environnement. Elles constituent une classe de polluants entièrement nouvelle sur laquelle on n’a pas d’expérience ».

Et aucune analyse du cycle de vie de ces nanomatériaux n’a été réalisée. Leur devenir dans l’environnement pour ce qui est connu peut poser des problèmes d’ampleur. Ainsi le nano-argent abondamment utilisé pour ses propriétés antibactériennes risque de toute évidence et selon de nombreuses recherches, une fois libéré dans la nature de rompre l’équilibre écologique en anéantissant ces bactéries indispensables à la vie.

Compte tenu que les plus préoccupantes nanoparticules sont non dégradables, s’accumulent dans l’organisme et persistent dans l’environnement, si les conventions internationales sur les polluants chimiques s’appliquaient à ces substances du nouvel ordre technologique, les nanoparticules pourraient d’ores et déjà figurer sur la liste des interdictions notamment celle de la Convention de Stockholm. Elles remplissent ipso facto, les critères requis : Persistantes, toxiques, bioaccumulables, capables de se mouvoir sans fin, pire leur réactivité chimique leur permet de se lier aux polluants chimiques déjà en circulation (PCB par exemple), leur conférant potentiellement une durée de vie encore supérieure...

Mais la course effrénée au développement et aux applications commerciales des nanotechnologies ne doit pas être remise en cause. La preuve : une partie non négligeable des financements publics alloués au développement des nanotechnologies est attribuée à « l’acceptabilité sociale ». Ce qui signifie en clair : présenter au public une myriade d’applications rendues possibles grâce aux nanotechnologies et ne parler que des bénéfices, médicaux ou environnementaux qu’elles peuvent générer, sans que ne soit évoquée la possibilité qu’elles puissent a contrario être toxiques.

Mais la marche en avant vers une croissance soutenue et le rêve de la « convergence des nanotechnologies » posent encore d’autres questions : celle de l’utilité réelle de ces découvertes et de leur utilisation future à commencer par la question éthique.

La « convergence », point d’orgue des nanotechnologies

Les nanotechnologies forment une révolution d’ensemble, des matériaux eux-mêmes, de leurs modes de production, bouleversant la donne du système économique de l’ordre ancien. C’est d’ailleurs pourquoi on parle d’une révolution industrielle d’une ampleur que personne ne parvient à définir mais que tous annoncent. Aucune mutation économique liée à l’introduction d’une technologie nouvelle ne paraît à la hauteur de la nouvelle donne annoncée par la société des nanotechnologies.
Car in fine il s’agit de l’élaboration d’un système, défini sous le terme de « convergence » : La convergence entre l’information, les atomes, les neurones et les gènes. « Ces arrangements d’atomes peuvent être vus sous une forme de réseau d’atomes parfaitement organisé (…). En conséquence, dans les dimensions nanométriques, caractéristiques des assemblages organisés d’atomes, les trois grandes disciplines scientifiques que sont la physique, la chimie et la biologie ne font plus qu’une, ce qu’on appelle la convergence des technologies » note le rapport Nano-Innov qui planifie l’avenir français des investissements publics dans les nanotechnologies...éludant un aspect fondamental et peu traité : les questions éthiques que soulèvent cette convergence impliquant la manipulation du vivant.

Devant l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, François Berger, membre du réseau européen de nanobiotehnologie, Nano2Life donne un exemple : « On peut manipuler le comportement alimentaire d’un singe en stimulant son hypothalamus ( …). Il y a un réel danger dans les domaines de l’obésité ou de l’anorexie. Avouons que des outils implantés qui traiteront la maladie avant qu’elle n’apparaisse peuvent aussi être un avantage, même si cela a un côté impressionnant ». Et bien entendu, « la valeur ajoutée des nanotechnologies transférées dans le domaine médical est indiscutable au niveau scientifique et industriel ».

La France, au sein du pôle de compétitivité Minatec dédié aux nanotechnologies en région grenobloise investit au sein de partenariats public-privé dans les nanoneurosciences. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a déjà mis en route Clinatec, la « clinique du cerveau". Des expériences d’implants neuronaux ont été pratiquées afin de « soigner des dépressifs » ou encore des malades atteints d’Alzeimer et des projets visant à l’amélioration de certaines performances, telle que la mémorisation, sont en cours.

En ligne de mire, une « espèce humaine augmentée » pour ces Terriens décidément à la traîne dans la « société nanoïsée ». Sans oublier que la majeure partie des financements publics est allouée aux recherches pour la Défense et l’armement et la sécurisation de la société via les nouveaux instruments de contrôle (identification, RFID, puçages, traçabilité) permis par cette même convergence.
Les risques d’une espèce humaine sous contrôle sont trop importants pour ne pas de toute urgence questionner les fins poursuivies au moyen des nanotechnologies.

Anne-Corinne Zimmer

1) Dont la crème haute protection SFP 50 pour bébé de Mustela.
2) Patrick Brochard, membre du Comité de la précaution et de la prévention, auditionné par les membres de l’Office parlementaire pour l’évaluation des choix scientifiques et techniques.

Vous avez aimé cet article ?
Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :

En savoir plus
02. Public professionnel Vous êtes un/e professionnel/le de santé ou de la petite enfance, gagnez du temps avec un concentré d’informations ! >>
04. Forum animateur Nesting Le forum animateur Nesting est l’outil dédié au animateurs et animatrices Nesting ! >>
03. Aller plus loin avec MA maison MA santé MA maison MA santé, c’est un programme d’ateliers-rencontres proposés par WECF France. On y parle des polluants de la maison et de leurs impacts sur la santé, pour (...) >>
Plan du site
 
 
 
 
Mentions légales & Crédits | Contacts | Flux RSS | Copyright 2009-2014