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BPA, l'éternel retour ou l'histoire sans fin

L’EFSA (Agence européenne de sécurité des aliments-AESA) a rendu son dernier avis sur le Bisphénol A (BPA), le 30 septembre 2010, à la suite de la demande faite par le Danemark, d’une réévaluation de ce composé chimique présent dans de nombreux contenants alimentaires, en particulier les biberons. Le gouvernement danois a quant lui pris les devants.

En février 2010, l’OMS et l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation (FAO) lancent un appel à candidature d’experts : il s’agit de mettre en branle, et cette fois-ci non plus au seul niveau d’un Etat, mais à l’échelle internationale, une réévaluation du Bisphénol A (BPA) au regard de sa toxicité sur la santé humaine et l’environnement. C’est dire si les éléments mis en évidence depuis plus de 15 années ont fini par peser pour que soit enfin envisagée une réévaluation de l’innocuité de ce composé synthétique et oestrogénique (voir complément).
Une innocuité jusqu’ici défendue avec une constance exemplaire par les industriels. Et sans cesse confortée par les avis des autorités sanitaires, européennes, américaines, japonaises, françaises, qui se succèdent d’années en années, depuis 2002.
Cependant, certains gouvernements (Canada, plusieurs Etats états-uniens, Costa Rica, Danemark) ont pris la mesure des risques de toxicité, toujours plus précisément pointés et n’ont pas attendu le blanc-seing de ces autorités sanitaires, qui, d’années en années réfutent, invalident, déclassent des études qui alignent les effets du BPA comme un inventaire à la Prévert.

Les effets sur le comportement au coeur de la décision du Danemark

Pour l’heure, c’est le dernier avis de l’EFSA qui remet le sujet en selle, à supposer qu’il en soit descendu. A la suite de la décision du Danemark, en mars 2010, d’interdire le Bisphénol A (BPA) dans les récipients alimentaires destinées aux enfants de moins de trois ans, l’autorité européenne de sécurité des aliments (AESA/ EFSA), a procédé à une réévaluation de la toxicité de ce composé chimique, avec cette question en ligne de mire : faut-il ou non baisser la Dose journalière tolérable (DJT) - posée à 0,05mg de BPA par kilo de poids corporel et par jour (ou 50µg (microgrammes)/kg p.c. /j)- depuis 2006 ? (1).

Sur la base d’études récentes, l’Institut national de l’alimentation de l’Université technique du Danemark (DTU Food) avait conclu à la « possibilité » d’effets sur le système nerveux des rats nouveaux-nés et à de difficultés d’apprentissage liés aux expositions périnatales au BPA. (Voir notre dossier : "Les effets du BPA sur le neurodéveloppement").
Mais face à l’incertitude, le gouvernement danois a plutôt choisi d’interdire l’utilisation de récipients, biberons et autres contenants alimentaires utilisant le BPA, pour les enfants de moins de trois ans, et ce, à compter du 1er juillet 2010.

En France, rien de tel, évidemment, puisqu’un article de loi a été voté en juin 2010 « tendant à la suspension de la commercialisation de biberons produits à base de Bisphénol A », et surtout, aucun décret n’a, pour l’heure, rendu ces textes applicables, ni fixer de date d’entrée en vigueur de cette « suspension de la commercialisation », ni détailler les modalités de cette décision d’ordre… symbolique. Les pourfendeurs de la dernière heure du BPA peuvent ainsi crier « victoire » : elle n’est que médiatique, et encore ne concerne que ceux qui s’y laissent prendre. Ainsi, hélas, continue-t-on de faire croire à une décision protectrice tandis que tout continue comme avant. Le gouvernement a fait entendre qu’un rapport viendrait éclairer plus globalement le sujet des perturbateurs endocriniens en janvier 2011.

Que dit l’EFSA ?

Le dernier avis de l’EFSA prend acte de l’incertitude des résultats rapportant des troubles du développement neurologique suite à l’exposition alimentaire - détail qui a son importance (2) - des plus jeunes (bébé et jeunes enfants) et conclut, au terme de sa propre évaluation, que ces études ne permettent pas cependant de déduire des effets néfastes sur le comportement et les capacités d’apprentissage. L’avis reconnaît que des modifications biochimiques dans des régions du cerveau apparaissent « potentiellement significatives » mais l’absence de corrélation fermement établie est invoquée pour invalider ces études.

Ainsi, aucune donnée nouvelle n’a pu être identifiée qui appellerait à une révision de la DJT quoique le Panel d’experts prend soin de noter que quelques études sur les animaux en développement suggèrent d’autres effets toxicologiques liés au BPA (effets sur le système immunitaire, augmentation du risque de tumeur mammaires, etc.). Mais ces études sur l’animal ne peuvent être prises en compte pour ce qui concerne la santé humaine…jusqu’à de nouvelles données que le Panel se chargera d’évaluer à nouveau.
Autant d’effets pourtant soulignés depuis 2002 de façon récurrentes par l’agence, tandis que ses avis successifs de 2006, 2008, et enfin celui-ci, continuent de réclamer d’autres études plus concluantes (voir complément : "Quinze années d’études sur le BPA.")

Opinion minoritaire

Il est pourtant un fait remarquable dans ce nouvel avis de l’EFSA : une opinion minoritaire est annexée. Emanant de Catherine Leclercq, cette membre du Panel d’experts pointe des incertitudes sur la DJT établie dès 2006, et revue à la hausse par rapport à celle de 2002, notant que des études montraient déjà des effets à des doses bien inférieures, en particulier après les expositions périnatales : effets sur la programmation des récepteurs cérébraux, altérations du système immunitaire. Et d’exprimer, que la DJT actuelle ne devrait pas être considérée comme une DJT établie, (ou entière « full ») mais « temporaire », c’est-à-dire susceptible d’être révisée, voire en cours de révision. Cette opinion minoritaire demande également que les indications sur les changements comportementaux observées chez les fillettes de deux ans, exposées préalablement au BPA, soient davantage explorées.

En novembre, l’OMS, la FAO mais aussi l’EFSA ont rendez-vous pour délivrer un nouvel avis. La pression serait-elle montée d’un cran ?

Anne-Corinne Zimmer

1) Pour mémoire, en 2002, la même agence tirait la sonnette d’alarme, souhaitant baisser la DJT d’urgence, pourtant bien moins élevée : 0,01 mg./kg p.c./j).

2) Dans les études et avis de l’EFSA seule est prise en compte l’exposition via l’alimentation. Or, le BPA est aussi présent dans les poussières des maisons (voir notre dossier sur le Bisphénol A), dans l’eau du robinet et d’autres sources que Santé Canada a investigué, ce qui bat en brèche la question des Doses journalières tolérables en ne tenant pas compte des autres sources d’exposition.

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