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Armes chimiques et chimie conventionnelle : une filiation souvent laissée dans l’ombre

Introduction : armes chimiques et conflits armés

Les interrogations actuelles du monde de la chimie industrielle sur la voie de la "Chimie verte" omettent bien souvent de remonter aux origines de la chimie moderne, laissant dans l’ombre le premier domaine d’application de la chimie moderne : le champ de bataille. La filiation est pourtant bien réelle. A l’heure où notre mode de vie dépend en partie de nombreuses applications chimiques, il est intéressant de remontre à une partie de ses origines.

Les premiers pesticides sont en effet des dérivés des armes chimiques développées notamment dans le cadre du premier conflit mondial : leurs effets ne sont-ils pas finalement étrangement similaires à ceux des tristement célèbres gaz moutarde, gaz serin et autres tristement célèbres gaz de combat ? Ils agissent en particulier sur le système nerveux central, comme le DDT, ce pesticide organochloré blacklisté comme POP (polluant organique persistant). En 1952, Rachel Carson, l’une des premières à avoir lancé l’alerte sur les effets de pesticides comme les organochlorés et organophosphorés sur la faune sauvage, le souligne dans son ouvrage de référence Silent Spring (Le printemps silencieux).

Au-delà, des conflits comme la Guerre de Corée ou encore le Viêtnam ont été l’occasion dans les années 50 puis 60 et 70 de confirmer la réalité de l’utilisation d’armes chimiques, dont le tristement célèbre agent orange au Viêtnam qui a laissé derrière lui des milliers de victimes et continue à faire des ravages sur les terres infestées par la substance. Dans ce cas, il s’agit d’une violation flagrante de du droit des conflits armés (Protocole additionnel de 1977 aux conventions de Genève « interdisant d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre conçus pour causer ou dont on peut attendre qu’ils causent de tels dommages à l’environnement naturel, compromettant, de ce fait, la santé ou la survie de la population »). A l’heure actuelle, la classification existante des « armes chimiques et biologiques » démontre si besoin que celle-ci continuent à exister et donc sont, bien que réglementées, toujours présentes dans l’arsenal des Etats. L’utilisation par l’Irak d’armes chimiques contre la minorité kurde dans les années 90 illustre cette situation.

Le cas de Carl Duisberg, le « génie criminel » de Bayer
D’après des informations de la Coalition against Bayer dangers
Ce 29 septembre marquait le 150ème anniversaire de la naissance de Carl Duisberg, ancien directeur exécutif de Bayer, également à l’originaire du conglomérat IG Farben. En Allemagne, une coalition comprenant des scientifiques, historiens et médecins, demande que le nom de Carl Duisberg ne soit plus associé à des rues, des écoles ou encore que lui soit retiré le titre de citoyen d’honneur de la ville de Leverkusen. Carl Duisberg s’illustre en jouant un rôle dans plusieurs épisodes tristement célèbres de l’histoire européenne.

Gaz de combat, travail forcé, soutien au régime nazi
Dès le XIXème siècle, Carl Duisberg fait la promotion des remèdes miracle mis au point par Bayer que sont l’aspirine et l’héroïne (oui, c’est bien elle qui deviendra un véritable fléau). A l’aune du premier conflit mondial, Carl Duisberg, tout comme Fritz Haber, soutient et participe au développement des gaz de combat (phosgène, gaz moutarde), en violation de la Convention de La Haye sur le droit de la guerre, et va même jusqu’à créer une école dédiée à la mise au point d’armes chimiques. Cela lui vaut d’être inscrit sur les listes de demande d’extradition des Alliés : il craint d’être considéré comme criminel de guerre. L’utilisation de gaz de combat pendant le conflit a causé 1 million 300 000 blessés et fait au moins 90 000 morts.
En tant que représentant de l’industrie allemande, il encourage également le travail forcé d’une partie de la main d’œuvre belge : 60 000 travailleurs belges seront ainsi soumis au travail forcé par le régime allemand lors de la 1ère guerre mondiale. Cette déportation est un prélude à la mise en œuvre du STO (Service du Travail Obligatoire) à grande échelle par le régime nazi lors du second conflit mondial.
En 1925 il préside à la naissance du conglomérat industriel IG Farben (Bayer, Basf, Hoechst et d’autres) regroupés sous le slogan Arbeit macht frei qu’on retrouvera au fronton des camps de concentration quelques années plus tard. IG Farben restera le plus gros regroupement industriel en Europe pour bien des années.
Mais il ne s’arrête pas là : hostile au régime de la République de Weimar il organise au début des années 30 des donations industrielles envers les partis allemands conservateurs et nationalistes, dont le parti nazi. Devant la chambre de commerce de Düsseldorf, il se dit favorable à la création d’une zone économique européenne sous domination allemande ». En échange des millions en donations, le parti nazi lui garantit un débouché pour le caoutchouc synthétique et le carburant d’IG Farben. A sa mort en 1935, il emporte les regrets personnels d’Hitler que celui-ci décrit comme « l’un des premiers pionniers et leaders de l’industrie chimique allemande dont le nom passera à la postérité dans les mémoires allemandes ».

Où l’on revient au vieil adage « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
Selon Jan Pehrke, membre de la Coalition against BAYER Dangers : “Carl Duisberg peut être décrit comme un « génie criminel » qui a tout au long de sa vie privilégie la recherche du profit, relégué au second plan les aspects moraux ».
On retrouve ici une réflexion qui sous-tend l’ensemble de la science, soit l’orientation des innovations et du progrès : de la découverte de l’atome à la chimie moderne, l’histoire de l’Humanité rappelle trop souvent le décalage existant entre le degré et l’ampleur des innovations et des inventions (de génie) et la faiblesse des exigences morales qui sont pourtant essentielles pour éviter des conséquences telles que violation des droits de l’homme, perte de contrôle et mauvais maîtrise des applications dérivées des innovations de la science, etc.

Elisabeth Ruffinengo

Sources :
Carl Duisberg : "A criminal genius“, Press Release, September 28, 2011, Coalition against BAYER Dangers (Germany)
Reaching critical Will
Dr. Rath Health Foundation

Comité International de la Croix Rouge

Pour en savoir plus consulter l’ouvrage “Von Anilin bis Zwangsarbeit – Die Geschichte der IG Farben“ (From Aniline to Forced Labour – The History of IG Farben).

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